Nox Aeterna

La guerre est enfin finie. Harry Potter et Lord Voldemort y ont néanmoins laissé la vie. Tout semble être rentré dans l'ordre. Mais est-ce vraiment le cas...?
 

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 [Flashback] La fin de l'innocence

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MessageSujet: [Flashback] La fin de l'innocence   Lun 13 Oct - 11:13


La fin de l’innocence
21 Juillet 1997 | Rigel A. Black

“Rigel ?”

Je levais la tête, perdue dans mes pensés. Depuis la fin de la réunion, je patientais dans le couloir du manoir Malefoy, le Seigneur des Ténèbres l’avait achevé par son intention de voir certain d’entre nous en privé. J’étais anxieuse bien que n’ayant rien à me reprocher : ma première vraie mission s’était déroulée sans accroc. Je n’avais pas la conscience tranquille, sachant pertinemment que les plans d’un pont fortement fréquenté ne serait pas pour aller en refaire la peinture. Mais je devais obtenir la confiance de l’équipe et surtout du Maître. Je répugnais à l’idée de le considérer ainsi mais je n’avais guère le choix, mais faibles défenses d’occlumencie ne me seraient d’aucun secours si je ne savais pas surveiller mes propres pensés. Si je me trahissais, mes vacances risquaient fort de devenir plus étranges encore et bien moins agréables. Quand mon nom était tombé dans ceux qu’il voulait voir, MacNair n’avait rien trouvé de plus spirituel que de me glisser quelques détails peu attrayants sur ce que signifiait souvent des entrevues de ce type. Je l’avais envoyé sur les roses mais derrière mon apparence assurée je frémissais de peur. Plus encore quand, malgré les sorts d'impassibilité, j’entendis l'écho de cris… C’était Drago à l'intérieur, probablement à nouveau les retombées de ne pas avoir su lui-même assassiner Dumbledore.

“Oui ?”

“Il te demande.” Dit simplement Lucius. Je le sentais fébrile…

Je n’osais l'interroger sur l’état de son fils, il ne m’aurait pas répondu, de toute façon. M'avançant vers la porte, je sentis la main de mon oncle se poser sur mon épaule un court instant, le seul geste d’affection et d’encouragement qu’il pouvait se permettre. Je remarquais à la lueur des chandelles combien ses yeux étaient cernés et la présence de cheveux blanc parmi ses mèches platines… Je passais la porte en me répétant que je n’avais pas à m'inquiéter, ma mission était une réussite, il m’en avait même félicité… Le panneau de bois se referma sans bruit derrière moi. Je faisais face au Seigneur des Ténèbres.

“Monseigneur” Saluais-je respectueusement en m’inclinant légèrement.

Avec une certaine fierté, je constatais que ma voix ne tremblait pas, elle était aussi assurée que mon regard. Il me tournait le dos et ne fit pas un geste. Silencieuse, je patientais. Je m’étais annoncée, à présent il était plus prudent de ne plus rien dire, il ne prendrait la parole que quand il jugerait que c’était le moment. Cela devait sérieusement l’amuser de faire ainsi angoisser les mangemorts convoqués, incapables de savoir si la raison était bonne ou mauvaise. Combien avaient dû céder à la crainte et tentés de l’interroger. Mais je me targuais d’être un peu plus maligne que ça et ma patience était à toute épreuve. Je joignis mes mains derrière mon dos et méditais sur mon devoir de runes en attendant. Un moyen efficace de faire passer le temps et apaiser mon esprit inquiet par des réflexions complexes, rien ne me détendait plus que faire travailler mes neurones.

“Des runes. N’importe lequel de mes fidèles aurait l’esprit plein de questions sur cette convocation, mais toi, tu penses à des runes.”

Sa réputation de legilimens était décidément fondée. Je souris humblement, teintée d’une légère fierté, j’avais manifestement su le surprendre.

“J’ai beaucoup de devoirs pour la rentrée et les runes sont captivantes.”

“Un art ancestral souvent sous-estimé. Mais passons cela, tu dois te douter que je t’ai fait venir pour d’autres raisons.”

“Naturellement.”

“Tes missions jusque ici ont été un franc sucés, ton infiltration de l’auto-proclamée “Armée de Dumbledore” a été sans faille, l’attaque du match de quidditch menée avec une rigueur digne d’une sorcière confirmée. Quant à tes informations sur le pont de Brockdale, elles nous serons précieuses et Rodolphus m’a rapporté que tu avais été indétectable. Rares sont mes recrues se montrant aussi rapidement efficace. Je ne peux malheureusement pas en dire tant de ton cousin.”

Il laissa se prolonger un lourd silence pendant lequel je ressentis toute sa colère contre les Malefoy en général, Drago en particulier. Je ne fis aucun commentaire.

“Tu penses que cette mission lui avait été donnée dans le but d’être échouée et punir ainsi Lucius de son échec au ministère n’est-ce pas ? N’ai pas cet air pris en faute mais tes sentiments pour lui te trahissent. Il est faible, ne t’encombre pas de ce désir de le protéger.”

Il se tourna enfin vers moi, plantant son regard de braise dans mes yeux gris-acier.

“Il est vrai que s’il avait été d’une importance capitale qu’un élève ai raison de ce vieillard, mon choix se serait probablement porté sur toi.”

Ça, je ne l’avais pas vu venir. Je doutais d’être plus compétente que mon cousin en matière d’assassinat… En réalité, je m’étais toujours refusée à considérer cette option. Je savais que j’y viendrais tôt ou tard et le fait qu’il aborde le sujet provoqua chez moi un frisson glacé. Il n’avait pas pu manquer la crainte qui se glissa un instant dans mes prunelles, faisant fi de toute la prestance sereine dont je m’étais faite un masque.

“Dans quelques jours, comme tu le sais, nous attaquerons le ministère de la magie, tu feras partie de l’équipe qui se chargera du ministre. Tu auras l’honneur de mettre fin à sa pitoyable existence.”

L’ordre tomba, impitoyable et sans appel. Je parvins à ne pas afficher l'émoi dans laquelle sa phrase m’avait plongé mais il ne devait rien en ignorer. Alors, c’était si simple… C’était comme ça, sans prévenir, il m'ordonnait d’assassiner quelqu’un. Un sorcier, adulte, expérimenté, ex-auror, ex-directeur des aurors… Le ministre de la magie. Moi, Rigel, jeune sorcière inexpérimentée, pas même diplômée. A peine 17 ans, j’allais devoir devenir une meurtrière sur un simple ordre. Toute chaleur semblait avoir quitté mon corps et je réalisais que mes mains tremblaient légèrement, en réalité mon cœur s’était tellement emballé sous la panique que ma poitrine me faisait mal et ma respiration devenait laborieuse. Je faisais une violente crise d’angoisse et tout mon corps se battait contre ma volonté de ne pas le montrer.

“Des questions ?” Demanda le Seigneur des Ténèbres.

Il n’y avait aucune question à poser, je le savais. Visiblement le spectacle de ma détresse le ravissait au plus haut point. Il n’attendait qu’une remarque de ma part pour me la faire immédiatement regretter. NON ! Je ne pouvais pas faire ça, c’était tout bonnement impossible. De quel droit je tuerais cet homme, comment et pourquoi ? Je n’avais jamais lancé un seul sort réellement offensif de ma vie. Je savais que j’y serais un jour, mais pas si tôt… Pas si tôt.

“Je doute d’être même capable de lancer ce sort…”

Je me figeais, horrifiée en entendant la phrase qui avait passée mes lèvres sans se donner la peine de demander au cerveau. A peine eus-je le temps de réaliser ce que j’avais dit que l’univers s'effondra. Aveuglée, ma dernière pensée consciente fut que je devais mourir, je ne pouvais pas survivre à une telle douleur. Tout mon corps sembla soudain couvert de métal en fusion jusqu’au plus profond de mes muscles. Je sentis à peine mes genoux heurter le sol ni ma gorge se déchirer dans un hurlement inhumain. Je me recroquevillais, serrant les dents dans une tentative désespérée de taire mes cris avant qu’un spasme ne me rejette en arrière et ne supprime toute volonté. Secouée de violents tremblements, je m’entendis à peine hurler des supplications entre deux sanglots hystériques. Oubliée la fierté et la dignité légendaire des Blacks, oubliée même qui j’étais, seul restait le désir ardent que cela cesse, pitié, que cela cesse ! Enfin, il releva sa baguette, me laissant haletante et pétrifiée, des larmes s'échappant de mes yeux au regard fixe. Tremblante, je voulais juste rester ainsi, en position fœtale. Ne plus rien ressentir… Ne plus jamais subir ça.

“Releve-toi.”

Je fermais les yeux un bref instant, tout mon corps protesta quand je poussais sur mes bras pour trouver un appui. Un gémissement m’échappa alors que je retrouvais l'appui de mes jambes. Nauséeuse, fiévreuse, j’essuyais d’un revers de la manche mon visage ruisselant de larme et de sueur.

“Bien. Crois mes paroles si je te dis que ça n’était rien en comparaison de mon mécontentement si jamais tu échouais. Regarde-moi.”

Il ne restait plus grand-chose de l’illusion de sérénité que je m’étais composée. La menace avait parfaitement atteint son but, il n’y avait plus de mot pour décrire la terreur qu’elle suscitait. Ma respiration s'accéléra à nouveau quand il s’approcha de moi.

“Ton bras. Si, d’aventure, tu doutais encore de ta volonté.”

Je ne voulais pas tendre le bras, je ne savais pas ce qu’il en ferait mais j’étais sûre d’une chose : ça ne me plairait pas. Mais je j'avançais malgré tout mon avant-bras gauche agité de tremblement, si je ne le faisais pas, nulle doute que ça serait bien pire. Sa main glacée me saisit le poignet, releva ma manche et agrippa la peau marquée de son symbole. Autant plonger le bras jusqu’au coude dans du magma. J’écarquillais les yeux, mon corps déjà endoloris ne pouvait plus supporter de nouvelles souffrances et aucune force de volonté ne pu m'empêcher de me débattre avec violence. La douleur s’amplifia avec mes tentatives d’y échapper et, sous mon regard horrifié, je vis la peau de mon bras se consumer dans un grésillement couvert par mes cris mêlés de supplication, de promesses de réussite et de hurlements indisctincs. Et j’avais cru avoir mal le jour où il avait apposé sa marque... Sa poigne ne faiblit pas, même quand je m’effondrais à genoux devant lui, ma main libre agrippant le bras meurtris, mes ongles griffant ma chair comme si j’avais voulu me l’arracher. Au contraire, d’un geste il inclina mon bras de sorte à me forcer à me relever sous peine d’avoir l’os brisé et il relâcha enfin son emprise.

“Fais entrer Lucius.”

Il s’éloigna, me tournant à nouveau le dos. Le simple geste de tourner la poignée de la porte fut une réelle torture, je n’osais pas regarder l’état de mon bras mais l’odeur de viande sur le grill n’augurait rien de bon. Dans le couloir, je croisais le regard de mon oncle, anxieux. Ma voix était brisée, je ne pus que lui désigner la porte d’un geste et vis sa mâchoire se contracter. Il s'avança dans une tentative, lui aussi, de rester droit et digne. Je ne sais par quelle force je parvins à traverser le couloir, les oreilles bourdonnantes et la vision floue. Enfin, la cheminée, le nom de chez moi, balbutiée aussi clairement que possible, la traversée des flammes. Je tombais sur le tapis du salon, chez moi. Des bras me saisirent et m'étreignirent, dans un état second, j’entendis à peine les paroles de mon père, je me contentais de m'agripper à lui, enfouir mon visage dans ses vêtements et pleurer toute ma souffrance et ma terreur.

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Dernière édition par Rigel A. Black le Ven 5 Déc - 14:36, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Flashback] La fin de l'innocence   Mar 14 Oct - 23:34


Dans les méandres des doutes
25 Juillet 1997 | Rigel A. Black

Je ne dormais plus. En l'espace de quatre jours, je pouvais m'estimer heureuse si j'avais dormis en tout cinq heures. Je ne devais pas être loin de cet état dans lequel on se met à avoir des hallucinations et même la potion de sommeil sans rêve ne m'avait pas procuré plus de deux heures de repos. Depuis mon entrevue avec le Seigneur des Ténèbres, je ne passais plus une nuit sans accumuler les crises de paniques, plus un jour sans devoir m'isoler dans ma chambre pour cacher mes angoisses. Les cosmétiques faisaient des merveilles sur les cernes qui apparaissaient sous mes yeux mais je craignais qu'ils ne leurrent personne dans mon foyer. Malgré la fierté de ma mère, elle voyait que quelque chose me tracassait, c'était peu dire. Quant à mon père... Il avait tant été éprouvé par les mêmes pressions que je subissait qu'il avait choisi de risquer sa vie pour le détruire. Qui mieux que lui pouvait comprendre ce que je vivais ? Pour la dixième ou onzième fois depuis que le soleil s'était levé, je me tirais hors du lit, les jambes flageolantes, renonçant à trouver le sommeil.

Une fois de plus, j'avais presque réussi à sombrer jusqu'à ce qu'un sursaut de panique m'avait brusquement sortit de ma torpeur. Je m'étais redressée, le souffle court et le front se couvrant de sueurs froides avec cette unique pensée : j'étais incapable de tuer cet homme. Il n'avait rien fait, son seul tord était de s'opposer légitimement à un psychopathe voulant prendre le contrôle du ministère. A la limite, on pouvait lui reprocher une politique de propagande. Rien qui ne m'autorise à le tuer... J'avais étouffé un cri en me mordant violemment la lèvre, ramenant mes jambes contre moi et serrant mon bras gauche. Comme à chaque fois que me venait la pensée que je ne pouvait pas le faire, la marque des ténèbres m'envoyait des élancements parfois insupportables. Cette fois, ça allait encore, je parvint à me contenir. Roulée ainsi en boule sur mon lit, je forçais ma respirations à des amples et lentes inspirations jusqu’à ce que la douleur se calme. Parfois la douleur devenait presque aussi forte que lorsqu'Il m'avait saisit le bras, mon oreiller devenait alors le témoin de mes cris étouffés.

Je me levais donc, passant dans ma salle de bain pour me rafraîchir un peu et me composer un visage plus respectable. Je tombais alors sur les grands yeux de Besty, mon elfe de maison, qui me toisait avec inquiétude.

"Betsy vous a trouvé une autre potion... Betsy a voulu demander conseil à Mr Rogue mais il l'a ignorée..." Me dit-elle en déposant sur le lavabo une petite fiole. Je lui répondis d'un sourire las.

"Merci mais ne t'en fait pas pour moi. Je doute qu'il existe une potion qui soit utile contre ça... Et ça ne m'apporterait que d'autres problèmes."

Elle parvint tout de même à m’attendrir avec sa façon de baisser les oreilles en affichant un petit air de chaton triste. Elle veillait sur moi, c'était son travail, mais au delà de son devoir, elle avait pour moi un réel attachement qui était réciproque, j'avais beaucoup d'affection pour ma petite servante. Je ne voulais pas qu'elle se rende malade par ma faute. J'étais même surprise et touchée qu'elle avait été jusqu'à ennuyer mon sombre professeur de potion, elle avait du cran et j’espérais qu'il ne l'avait pas envoyée paître trop méchamment. Non, il s'était probablement contenté de faire comme si elle n'existait pas.

"Tu as vraiment été jusque chez Rogue ?"

"Non, il était chez Mr Malefoy, Mme Malefoy vous propose de venir y déjeuner ce midi."

"Tu sais bien que je ne peux rien manger..."

Autre bouille d'elfe battu, je soupirais et détournais le regard, perdant du terrain. C'était vrai, je ne mangeais presque plus pour la simple et bonne raison que je ne garderais rien dès la prochaine crise de panique, et Merlin sait qu'elles étaient fréquentes. Bien entendu, ma protectrice aux grandes oreilles faisait tout pour m'inciter à me nourrir, s'arrangeant pour me présenter sans cesse mes plats préférés ou me demander à toute heure de manger un peu pour "faire plaisir à votre Betsy qui ne veut pas vous savoir affamée". Mon père aussi développait des trésors d'inventivité pour me raisonner et, visiblement, ma tante Narcissa s'y mettait aussi. Je finis par lâcher prise, c'était un combat que je ne pourrais pas gagner aujourd'hui. D'autant plus que, à l'évocation de Rogue, une idée m'effleurait l'esprit, caressante, comme une solution inespérée à mes angoisses. Oui, je n'avais ni la volonté ni la force de lancer un sort de mort... Mais il existait bien d'autres manières de supprimer quelqu'un. Celle que j'avais en tête était lâche, mais bon, si cela pouvait m'éviter une cruelle punition pour ne pas avoir su lancer ce fichu sort, je pouvais bien assumer d'être lâche. Peut être, en plus, qu'avec cet intermédiaire je me sentirais moins responsable de ce qui arriverait... Au moins, j'aurais un peu de recul. Dans le miroir je notais malgré tout que mon visage avait repris sa teinte livide annonçant que mon corps se battait contre cette perspective-ci aussi. Je respirais profondément, chez Lucius, je trouverais probablement des ouvrages sur le sujet dont j'avais besoin. La petite main de l'elfe sur la mienne acheva de me convaincre, j'eus un sourire triste à son adresse.

"Merci Betsy... Je vais me préparer."

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MessageSujet: Re: [Flashback] La fin de l'innocence   Jeu 5 Fév - 15:53


Le dernier jour
1 Août 1997 | Rigel A. Black

Un éclair vert et le petit rongeur s’écroula, inerte. Je me sentis prise de nausée… J’avais une fois de plus réussi le sort, mais même envers de simples souris, le fait de leurs prendre la vie me demandait un effort considérable et me laissait une désagréable sensation, le ressentiment, de quel droit je tuais ainsi gratuitement ces bestioles ? J’étais encore bien loin de savoir tuer un sorcier adulte, si bien sur le plan magique que sur le plan mental. Il n’y en avait qu’un pour se réjouir de ce macabre entraînement : Samy sauta sur mon bureau, saisis la souris et fila la déguster sur mon appuis de fenêtre, visiblement satisfait de ne pas avoir eu à se fatiguer. C’est pas vrai ! Il ne pouvait pas aller faire ça hors de ma vue ? Je lui lançais une boulette de parchemin avec force, cette dernière rebondit sur son pelage charbonneux sans que celui-ci ne se sente troublé dans sa mastication. Ah, la légendaire compassion féline… Je me pris la tête entre les mains, abattue.

Demain…

C’était demain que je devais me rendre au ministère et tuer de sang-froid un sorcier, un être humain. Pas un innocent à proprement parler, mais en aucun cas quelqu’un qui avait fait de réel mal.  Je fermai violemment mes paupières et me força au calme, sentant déjà mon bras gauche me brûler. J’avais toujours ma solution de secours, mais que ce soit ainsi ou d’un Avada, le problème restait le même. Je le savais, je n’en sortirais pas indemne demain. Il mourrait, quoi qu’il advienne, il mourrait et, si je ne voulais pas regretter d’être encore en vie d’ici 24h, il faudrait que ce soit de mon fait. J’avais bien essayé de mettre dans l’idée de ne pas le faire, laisser un autre s’en charger, garder ma conscience pour moi et en subir les conséquences avec courage… Mais voilà, je n’en avais pas le courage. La simple menace que représentait désormais la marque sur mon bras annihilait toute pensée de rébellion, mais là n’était pas encore le pire. A titre personnel, si je ne le tuais pas, je souffrirais, de la baguette de mon oncle, dans un premier temps, puis de la Sienne. Si encore cela s’arrêtait à quelques Doloris – bien que cette perspective à elle seule justifiait mes insomnies – cela se répéterait. Ceux qui échouaient en entendaient parler encore longtemps après leur échec. Mais, en dehors de ma peur personnelle de ces tortures, il y avait le fait qu’après un tel échec sur une mission qui, j’en étais consciente, devait prouver ma loyauté, je perdrais toute opportunité de montrer ma valeur, acquérir sa confiance. Non, je serais reléguée au rang de mangemort minable de seconde zone, lâche et indigne d’intérêt. Autrement dit, je détruirais d’un coup tous les efforts accomplis depuis que j’avais décidé de m’engager. Tuer un sorcier pour espérer en sauver bien d’autres … Je devais me focaliser sur cette idée. La nuit tombait et je rejoignis mon lit, éreintée mais me sachant incapable de trouver le sommeil. Je tentais tout de même de m’endormir, en désespoir de cause, mais très vite j’y renonçais et avisait le flacon posé sur ma table de chevet. Il était encore bien rempli et quelques gouttes devaient suffire à m’offrir une nuit complète de sommeil sans rêve… Dans une situation « normale ». Je sur-dosais volontairement, sachant pertinemment qu’une dose normale ne m’offrirait pas le repos nécessaire. Je m’endormis d’un sommeil de plomb.

Le réveil m’accorda quelques instants de bienheureuse ignorance. Bien trop vite, je me remémorais le programme de la journée et envisagea un instant très sérieusement de me débrouiller pour me mettre moi-même dans un état suffisant pour ne éviter cette mission. Malheureusement, même me jeter dans les escaliers et me faire quelques fractures ne seraient pas une excuse valable : rien de ce que pourrais me faire ne serait irréparable en quelques coups de baguettes. La mort dans l’âme, si je puis dire, je m’extirpais du lit en me forçant à garder le plus loin possible de mon esprit ce que j’allais devoir faire. Bien entendu, je fus incapable de manger quoi que ce soit.

C’était l’heure.

Je vérifiais une fois de plus que j’avais bien sur moi tout ce dont j’aurais besoin et masqua mon visage sous l’effigie lugubre des mangemorts. D’une certaine façon, ce masque me protégeais, je ne devais plus être Rigel Black, je devais juste être un mangemort avec une tâche à accomplir. Tout le trajet et notre déploiement dans les passages inconnu du ministère, je me focalisais sur ce projet : dissocier mon vrai moi de celle qui allait devoir commettre un meurtre. Notre groupe se divisa alors, je partis vers la gauche, suivant Rodolphus, les autres partirent dans l’autre sens, vers les coursives publiques. Leur rôle : semer le chaos pendant que nous progressions vers le bureau du ministre de la magie. Au terme de notre cavalcade, nous nous arrêtâmes et attendirent, en silence tout d’abord. « Ton père a échoué à cet endroit précis. » je frémis et posais mon regard sur le mangemort plongé dans l’obscurité. « Le jour où il a dû prouver sa valeur, il n’a pas su aller jusqu’au bout. » « C’est ça ce que tu appelles un encouragement ? » Répliquais-je avec nervosité. « Laisse-moi finir, Rigel. Tu as bien plus de potentiel, depuis le début, tu ne recules devant rien. » « Tu sembles oublier un point fondamental… Je suis physiquement incapable de mettre assez de puissance dans ce sort. Tout ce que j’ai ne sera jamais suffisant pour un sorcier tel que lui. » Je me tus, sentant son regard glacé se poser sur moi. Le silence se prolongea, mon angoisse augmentant de manière exponentielle. Elle atteignit son sommet quand enfin il lâcha « Pourtant il faudra bien que tu trouves cette puissance. » lourd de menace. Je fermais les yeux, mon bras me brûlait avec violence, pourtant je me sentais frigorifiée. Bruissement de cape, je n’osa pas me retourner, je savais bien qui venait de nous rejoindre sans un mot.

Un bruit de fond enfla, nous arrivant par échos lointains. L’attaque avait commencée, ce serait bientôt à nous. Le Maître passa devant nous. La gorge serrée, je m’engageai dans le couloir suivant à la suite de Rodolphus, ma baguette à la main et avec une profonde envie de ne pas me trouver là. Tel un leitmotiv, je me répétais que je devais le faire, que je pouvais le faire. La paroi s’ouvrit devant nous et, un instant, je fus aveuglée par la lumière. Nous débouchâmes de concert dans le bureau du ministre, je n’étais pas encore entrée que Rodolphus neutralisait les sorciers protégeant Scrimgeour. Soudain, il fut seul face aux deux mangemorts et à Voldemort.

Le reste, je n’y participais pas, nous le prîmes pour nous isoler dans une pièce annexe et verrouillée où Rodolphus et moi nous tînmes en retrait pendant qu’Il interrogeait le ministre. Pétrifiée, j’observais le ministre se faire torturer, résister, affirmer qu’il ne savait pas où se trouvait Harry Potter. Je ne pouvais définitivement pas m’habituer à ce spectacle, surtout pas en sachant que je subirais la même chose si je ne parvenais pas à remplir ma part de la mission. Le temps allait nous manquer et le ministre refusait de livrer la moindre information… Comment faisait-il ? Avec honte, je constatais que je n’avais définitivement aucun courage : à sa place, j’aurais sans doute déjà inventé un mensonge éhonté pour ne plus avoir à souffrir… J’aurais supplié et, si j’avais su la moindre chose, j’aurais sans aucun doute tout avoué. Comment faisait-il pour résister ? Le Seigneur des Tenebres fini par mettre fin à l’interogatoire, résigné au fait qu’il n’en obtiendrait rien. Il tourna les talons sans un regard vers lui, ni nous. Il ne se donnerait même pas la peine d’assister à la fin. C’était mon tour, j’aurais voulu fuir.

Le regard de Rodolphus pesa sur moi. Je pointais ma baguette sur ma cible, ouvris la bouche mais aucun son n’en sortit. J’avais la gorge trop nouée, je déglutis avec difficultés. La bouche de mon oncle articula quelque chose mais je n’entendis rien, mes oreilles bourdonnaient, emplissant toute ma conscience de ce grésillement et du bruit sourd et douloureux de mon propre cœur donc je sentais le rythme qui s’accélérait. Ma main faiblis et se baissa… Une brève seconde. La suivante, la pièce lugubre résonnait de ma voix soudain retrouvée. Sous le regard déstabilisé du ministre de la magie, je tombais au sol, agrippant mon bras et luttant désespérément contre cette douleur insoutenable. Une main saisis mon menton et me força à relever la tête, j’ouvris des yeux embués de larmes pour voir la face de Rodolphus qui me tenait fermement, me sifflant « Tu sais ce que tu dois faire. Fais-le. » Je ne pouvais pas… Un élancement me parcouru tout le corps, m’arrachant un nouveau cri et il relâcha son étreinte. Si, je le devais ! Mon poing s’abattit sur le sol, à côté de ma baguette, ma main endolorie et tremblante la saisis et je serais la mâchoire. Profonde inspiration, je fermais les yeux. Ne pas y penser, je rouvris les yeux et relevais la tête. Aller, Rigel, finis ça vite… Je pris appuis sur mes jambes, me redressant, essayant d’ignorer les multiples signaux contradictoires de mon corps. La douleur lancinante de mon bras, de ma tête, mon cœur battant à tout rompre, ma conscience me hurlant de fuir, ou de mourir, au choix. Et cette peur, cette terreur qui me dévorait. Je devais agir vite, je n’étais pas loin de perdre connaissance.  "Tu ne veux pas faire cela, petite. Je le vois." Je le fusillai du regard, sans blague. "Oh si elle le fera, n'est-ce pas, Rigel ?" La voix de Rodolphus est glacée et tranchante, sa baguette est tournée vers moi, pas vers lui. Je pris une longue inspiration. « C’est vrai… Je ne le veux pas. » Dis-je dans un souffle, ignorant la lueur terrifiante dans le regard de mon superviseur. Je ne pourrais pas lancer ce sort. Ma main plongea dans la poche de ma cape et je sortis la fiole que je transportais, Rodolphus suspendis son geste esquissé dans ma direction. Le temps sembla s’arrêter, je m’avançai vers Scrimgeour en lui lançant un sort de pétrification. Il se figea, la bouche entrouverte par la surprise. Je ne voulais pas faire ça, je n’avais pas le choix. Je ne parvins pas à soutenir son regard au moment où je versais le liquide. Quelques instants, la mixture fut foudroyante, je me détournai avant que la vie ne quitte son regard accusateur. Un bruit sourd derrière moi. Il était tombé. J’allais tomber… Une poigne ferme m’attrapa alors que mes jambes se dérobaient et il m’emmena vers le passage par lequel nous étions entrés. N’y penses pas, ne penses pas à ce qui vient de se passer. Ça n’est pas arrivé. Cours juste. Ça n’est pas arrivé. Une part de moi était absente, je vécu notre fuite dans un état second avant de retrouver les autres. Mon visage était blême mais n’affichait plus aucune expression, j’entendis l’un d’eux annoncer  que le ministère était à nous. J’entendis Rodolphus  raconter aux autres comment j’ai accomplis ma mission, puis me murmurer que c’était un compromis audacieux, il me félicita. Je fermai les yeux.

C’était terminé.

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